Photo Simon Bonnallie

Des kilomètres et des rencontres

Par Alexane Taillon-Thiffeault (Initiative de journalisme local)

Il est 5 h 30 du matin. Pourtant, quelques silhouettes s’élancent déjà dans les rues des Laurentides. Quelques heures plus tard, d’autres groupes se retrouveront pour une sortie en sentier ou un entraînement structuré. Le soir venu, d’autres encore enfileront leurs chaussures pour un rendez-vous devenu incontournable dans leur semaine.

Depuis quelques années, les clubs de course se multiplient dans les Laurentides. De Tremblant à Saint-Jérôme, de la route aux sentiers, le phénomène ne cesse de prendre de l’ampleur. Plus qu’un simple engouement pour la course à pied, c’est une vraie communauté qui se construit autour de cette activité accessible et rassembleuse.

Courir ensemble plutôt que seul

Pour Simon Bonnallie, fondateur du Sexy Pace Collective, la popularité des groupes de course repose d’abord sur un besoin fondamental, et c’est celui de créer des liens. « Je ne voulais pas courir tout seul », résume-t-il simplement.

Installé à Saint-Sauveur après plusieurs années à Montréal, il a rapidement constaté que la région offrait un terrain fertile pour les amateurs de course. Quelques coureurs sont devenus une communauté de plusieurs centaines de membres sur les réseaux sociaux.

Aujourd’hui, le Sexy Pace Collective rassemble des coureurs de tous les horizons. « C’est davantage un club social qu’un club de course », explique-t-il. « Le but, c’est qu’on se rencontre, qu’on se motive et qu’on ait du plaisir ensemble. »

Photo Simon Bonnallie

Même constat du côté du Groupe de course Sports Experts Saint-Sauveur, dirigé par Stéphane Proulx. Athlète de longue date ayant participé à plusieurs championnats du monde en triathlon et en duathlon, il a lancé son initiative dans la région en 2017 avec une philosophie bien précise : offrir gratuitement des entraînements de qualité accessibles à tous.

Au départ, ils n’étaient qu’une poignée. Aujourd’hui, certains mercredis attirent jusqu’à 75 participants. « Les gens savent qu’ils vont trouver un bon entraînement, peu importe leur niveau », souligne-t-il.

Et pour le 6AM club, la même chose est observée : la popularité des groupes ne cesse de grandir. Le fondateur, William Fugère, croit que sa communauté de course a principalement une vocation sociale. « Les courses se terminent toujours dans un café de quartier. C’est là que les conversations continuent et que des liens se créent réellement. »

L’effet post-pandémie

Si les clubs de course existaient bien avant la pandémie, plusieurs observateurs constatent que leur croissance s’est accélérée depuis 2023.

Pour Stéphane Proulx, le contexte social y est pour beaucoup. « Les gens avaient envie de retrouver du monde, de sortir de chez eux, de faire partie d’un groupe », explique-t-il.

Simon Bonnallie observe le même phénomène. Selon lui, les gens cherchent davantage à prendre soin de leur santé physique et mentale, tout en créant un sentiment d’appartenance.

Les réseaux sociaux jouent également un rôle important. Les photos de courses, les vidéos d’entraînement et les récits de défis sportifs se multiplient sur Instagram, TikTok ou Facebook. « Les gens aiment faire partie de quelque chose », estime Simon Bonnallie.

D’ailleurs, le 6AM club a connu un réel essor dans les dernières années, et le fondateur ne nie pas l’influence des réseaux sociaux, mais aussi l’accessibilité du sport. « Le club de course est gratuit. L’équipement n’est pas tant cher. Tu t’achètes une bonne paire de souliers à 150 $ et tu peux durer un bout avec ça, tout en profitant d’une belle communauté de course », affirme-t-il.

On trouve maintenant des communautés du 6AM aux États-Unis et même en Europe. Dans les Laurentides seulement, il y a des groupes dans des dizaines de villes et municipalités, passant par Morin- Heights, Sainte-Adèle, Sainte-Agathe-des-Monts, Mont-Blanc et bien plus encore.

Une porte d’entrée vers l’activité physique

L’un des principaux atouts des clubs de course demeure leur capacité à accueillir les débutants.

Contrairement à l’image parfois intimidante associée à la performance sportive, les groupes rencontrés misent sur l’inclusion. Chez Sexy Pace Collective, par exemple, les plus rapides ralentissent régulièrement pour revenir rejoindre ceux qui suivent derrière.

« Ce n’est pas une compétition », rappelle Simon Bonnallie. « Si quelqu’un est nouveau, on va aller lui parler. On ne le laisse pas tout seul. »

Pour plusieurs personnes, ces rendez-vous hebdomadaires deviennent une source de motivation précieuse. Quand la météo est moins clémente ou que la fatigue s’installe, le simple fait de savoir qu’un groupe attend suffit souvent à enfiler ses chaussures.

Photo Stéphane Proulx

Au-delà de la performance

L’essor de la course à pied n’est toutefois pas sans certains défis. Stéphane Proulx observe que plusieurs nouveaux coureurs se fixent parfois des objectifs ambitieux dès leurs débuts. Marathons, ultramarathons et défis d’endurance occupent une place grandissante dans l’imaginaire collectif.

Selon lui, cette tendance peut parfois mener à des blessures ou à du découragement lorsque les attentes deviennent irréalistes.

D’où l’importance, selon les responsables de groupes, de privilégier le plaisir, la progression personnelle et le respect de ses limites.

Dans les Laurentides, les sorties de course se terminent souvent autour d’un café, d’une crème glacée ou d’une discussion improvisée dans un stationnement. Les kilomètres deviennent alors avant tout un prétexte pour tisser des amitiés, découvrir la région et partager un moment ensemble.

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