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Inspirer l’art par la science

Par Simon Cordeau

Durant le mois de juillet, la Station de biologie des Laurentides, à Saint-Hippolyte, accueillait quatre artistes. L’objectif est de les mettre en contact avec des scientifiques, pour que leurs recherches inspirent de futures œuvres. Cette résidence en recherche-création culminera avec deux expositions, au Musée d’art contemporain des Laurentideset au Centre d’exposition de l’Université de Montréal, à l’automne 2023.

Il faut conduire longtemps, et parfois sur des petits chemins de terre, pour arriver à la Station de biologie des Laurentides, au cœur de la forêt hippolytoise. Ce grand territoire de 16 km2, protégé depuis une cinquantaine d’années, est un petit campus de l’Université de Montréal, explique son responsable, Gabriel Lanthier.

L’artiste Félix Bernier pense utiliser les données scientifiques de Charlie pour créer des objets multimédias, ce qui permettra de voir les résultats sous une perspective inusitée.

L’artiste Félix Bernier pense utiliser les données scientifiques de Charlie pour créer des objets multimédias, ce qui permettra de voir les résultats sous une perspective inusitée. (Crédit : Sébastien Fleurant)

« Il y a de l’enseignement qui se fait ici, pour étudier sur le terrain, pour voir les choses de façon plus concrète que dans les livres. C’est aussi un endroit qui est beaucoup utilisé pour la recherche. » D’autres viennent pour travailler sur leur mémoire ou leur thèse de doctorat, loin des distractions de la métropole

C’est dans cet environnement champêtre que les artistes Félix Bernier, Laure Bourgault, Ana Rewakowicz et Diane Morin sont venus pour chercher l’inspiration et, peut-être, la matière première de leurs prochaines œuvres.

« Un immense laboratoire »

« Le but est de défaire les silos. Souvent on a les chercheurs d’un côté et les artistes de l’autre. Donc les artistes viennent ici, rencontrent les chercheurs, voient ce qu’ils font et les accompagnent dans leurs démarches sur le terrain. Après ça, ils convertissent cette inspiration-là en un projet artistique », explique Gabriel.

Et ce ne sont pas les projets de recherche qui manquent. Comme le territoire est protégé, on retrouve la forêt à son état naturel, exempt des perturbations humaines. Des caméras filment l’évolution des plantes, ici et partout à travers l’Amérique du Nord. Quelques équipes travaillent sur l’effet
d’un parasite sur les espèces de poisson. D’autres étudient l’impact des changements climatiques sur l’adaptation des végétaux, en réchauffant artificiellement le sol.

« C’est comme un immense laboratoire. Parfois les gens vont faire leurs expériences au complet ici. Parfois ils vont utiliser le fait qu’on est protégés pour comparer avec ce qui se passe dans un autre milieu, où l’être humain a peut-être plus d’activité. Les possibilités sont grandes, parce qu’on a un grand terrain de jeu », illustre Gabriel.

Étudier l’incertitude

Anne-Marie Belley, commissaire de l’exposition, s’étonne à quel point les artistes et les scientifiques parviennent à échanger. « Ce dont je m’aperçois, c’est qu’il y a beaucoup plus de liens qu’on le pense. Souvent, ce n’est pas en termes de sujet, mais en termes de méthodologie. Quand ils commencent à se parler, les liens se font naturellement. Je n’ai pas besoin d’intervenir. »

Le doctorant Charlie Sarran travaille sur des mésocosmes aquatiques, des bacs d’eau qui simulent des mares ou des étangs, pour mieux comprendre l’évolution de ces écosystèmes.

Le doctorant Charlie Sarran travaille sur des mésocosmes aquatiques, des bacs d’eau qui simulent des mares ou des étangs, pour mieux comprendre l’évolution de ces écosystèmes. (Crédit : Sébastien Fleurant)

« En fait, l’idée de la recherche fondamentale, que ce soit en art ou en science, souvent ce qui les unit, c’est une question de philosophie », ajoute Anne-Marie. On a donc choisi le principe d’incertitude comme thème des futures expositions. L’incertitude est au cœur même de la recherche scientifique.

Le doctorant Charlie Sarran, par exemple, travaille sur des mésocosmes aquatiques. « C’est comme des grosses bassines pleines d’eau, qui reproduisent des mares, des étangs ou des zones littorales de lac », explique-t-il. Sur un quai, il y a une trentaine de ces bacs. Dans chacun, des petites sondes mesurent divers paramètres, comme le pH et l’oxygène dissous. Charlie introduit diverses matières, comme des feuilles d’érable ou des insectes morts, pour voir leur impact sur l’écosystème du bac, comme l’évolution des algues.

Nouvelles perspectives

Le doctorant ne cache pas que ce type de recherche a d’abord la vocation de fournir de la connaissance théorique. Mais c’est aussi ce qui fascine l’artiste en résidence Félix Bernier. « Les chercheurs récoltent beaucoup de données. Avec ces données-là, ils sont capables d’établir certains modèles. Ce que j’aimerais faire, c’est travailler avec les mêmes données pour faire de nouvelles relations, pour représenter quelque chose de complètement différent, quelque chose de nouveau », explique-t-il.

Ingénieur logiciel, Félix a déjà utilisé d’autres données pour créer des environnements sonores ou des environnements 3D. En étant représentées d’une nouvelle façon, les données peuvent révéler un nouvel aspect d’elles-mêmes ou une nouvelle relation entre elles. « Ça peut aussi donner de nouvelles idées aux scientifiques, qui vont voir ces objets de manière différente. » Et comme Félix n’est pas contraint par des théories, il peut explorer des approches différentes et aller au-delà de ce que peuvent faire les scientifiques. « C’est là qu’on va voir des résultats différents. »

Mais sous le soleil de juillet, à discuter sur le quai, Félix admet candidement son incertitude. « Après, qu’est-ce que ça va donner avec ce que j’ai récolté ici? Je n’en ai aucune idée encore. » Charlie pourrait dire la même chose de son projet de recherche. Après tout, l’objet de toute recherche, c’est d’explorer l’inconnu, et de voir ce qu’on peut y découvrir.

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