(Photo : Médialo - Jean-Simon Guay)
Ghislain Lauzon au Motel 60 à Piedmont

« Je n’ai pas eu le choix » : la crise du logement force des citoyens à accepter ce qu’ils trouvent

Par Jean-Simon Guay

Trouver un logement dans les Pays-d’en-Haut est devenu un défi qui se vit bien au-delà du traditionnel 1er juillet. Entre la rareté des logements disponibles et la hausse des loyers, certains citoyens se retrouvent aujourd’hui à accepter ce qu’ils trouvent, faute de mieux.

Ghislain Lauzon en sait quelque chose.  Depuis environ six mois, il habite au Motel 60, à Piedmont. À la suite d’un accident de travail qui a bouleversé sa situation financière, il affirme n’avoir trouvé aucune autre solution pour se loger dans la région. « J’ai pas eu le choix de prendre ce qu’il y avait de disponible », raconte-t-il.

Avec un revenu d’aide sociale de 621 $ par mois, M. Lauzon affirme devoir compter sur l’aide de proches pour payer son logement, dont le coût atteint environ 1 600 $ par mois. Il y tient désormais toutes ses possessions et devra quitter le 11 juillet. « Je n’ai aucune idée où je vais aller. Si je ne trouve rien, je vais retourner dans la rue », confie-t-il.

Une réalité observée sur le terrain

Pour Julie Moreau, coordonnatrice du comité Un Toit pour tous de la MRC des Pays-d’en-Haut, la crise du logement ne se concentre plus autour du 1er juillet. « Les gens déménagent tout au long de l’année », explique-t-elle.

Le comité regroupe différents organismes qui accompagnent notamment des personnes en recherche de logement ou vivant une situation de vulnérabilité.

Selon Mme Moreau, la rareté des logements pousse plusieurs personnes à faire des compromis importants.

« Les gens qui ont un appartement, habituellement, ils vont y rester parce qu’il n’y en a pas. »

Plus préoccupant encore : « Des fois, il y en a qui acceptent des logements qui sont, selon moi, inacceptables parce qu’ils n’ont pas le choix. »

Les personnes seules, les familles monoparentales et les travailleurs à faible revenu figurent parmi les plus touchés.

Cette situation a aussi des répercussions sur plusieurs employeurs de la région.

« Souvent, il faut sortir du secteur de Saint-Sauveur ou de Sainte-Adèle pour trouver quelque chose de plus abordable », souligne Mme Moreau.

Des chiffres qui parlent

Les données de la Stratégie d’habitation 2025-2035 de la MRC des Pays-d’en-Haut dressent un portrait préoccupant.

Le taux d’inoccupation des logements locatifs à Sainte-Adèle n’était que de 0,4 % en 2024, bien en dessous du seuil d’équilibre de 3 % généralement reconnu.

La MRC compte également 1 285 ménages ayant des besoins impérieux en matière de logement, alors qu’on y retrouve seulement 377 logements sociaux et communautaires.

Par ailleurs, 36 % des ménages locataires consacrent plus de 30 % de leur revenu au logement. Dans un courriel transmis au Journal Accès, l’organisatrice communautaire du CISSS des Laurentides, Ève Robinson-Chouinard, résume la situation en une phrase: « La situation du logement dans les Pays-d’en-Haut est critique depuis plusieurs années. »

Les données du CISSS indiquent également que 5 555 personnes vivent sous la mesure de faible revenu dans la MRC et que près d’une personne sur deux âgée de 15 ans et plus gagne moins de 40 000 $ par année.

Une pression qui persiste

Selon les projections démographiques, plus de 5 000 nouveaux ménages pourraient s’établir dans les Pays-d’en-Haut d’ici 2041.

Pour Ghislain Lauzon, ces chiffres se traduisent par une réalité bien concrète.

« Même un 1 1/2 ou un 2 1/2, ça ne me dérange pas. Je veux juste retrouver une vie normale », dit-il.

À l’approche du 11 juillet, date à laquelle monsieur Lauzon doit quitter le motel, il ignore toujours où il habitera. Son parcours illustre une réalité que plusieurs intervenants observent sur le terrain : dans un marché où les logements disponibles se font rares, avoir un toit devient parfois plus important que la possibilité de choisir un logement adapté à ses besoins.

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