(Photo : Médialo — Louis-Philippe Forest-Gaudet)
Un drapeau de la Fierté flottait toujours sur la petite gare de Val-David dimanche dernier lors d’un rassemblement organisé quelques heures avant.

À Val-David, le drapeau tombe, mais la communauté reste debout

Par Louis-Philippe Forest-Gaudet (Initiative de journalisme local)

Vandalisé à répétition depuis son installation, le drapeau de la Fierté de Val-David est devenu le symbole d’un débat qui dépasse la petite gare. Dimanche, une fête familiale a réuni des citoyens venus réaffirmer leur soutien à la communauté LGBTQ+, en présence de la Sûreté du Québec.

Le drapeau devait souligner la Semaine de la Fierté. Il a plutôt été vandalisé chaque nuit. Brûlé, déchiré ou arraché, il a chaque fois été remplacé.

Dans un communiqué, la Municipalité a condamné les gestes et les propos haineux apparus en ligne. « La liberté d’expression ne justifie ni la haine, ni l’intimidation, ni le vandalisme. »

Pourtant, Val-David n’a pas reculé. « On ne se laissera pas intimider non plus », a déclaré le maire Jean-Claude Rocheleau. Selon lui, ces gestes proviennent de quelques personnes et ne représentent pas la population de Val-David.

À Saint-Jérôme, le maire Rémi Barbeau a aussi réagi. « Ces messages donnent l’impression d’être nombreux. En réalité, c’est une minorité, juste plus bruyante que le reste », a-t-il écrit.

Le maire Rocheleau en compagnie d’un agent de la Sureté du Québec et de Cadets pour la surveillance durant le rassemblement de dimanche.

Une minorité amplifiée

Alain Dorval, administrateur de Queers des Laurentides, partage cette prudence. « Je ne peux pas affirmer qu’il y a statistiquement davantage d’homophobie ou de transphobie dans les Laurentides », précise-t-il.

Cependant, certains discours lui semblent plus visibles et plus ouverts, surtout sur les réseaux sociaux. Ceux-ci peuvent donner un immense écho à quelques comptes très actifs.

Or, cette visibilité ne permet pas d’évaluer leur représentativité. « Un grand nombre de commentaires ne correspond pas nécessairement à un grand nombre de personnes », rappelle Alain Dorval. D’ailleurs, son expérience quotidienne avec son époux demeure positive. « Les gens sont généralement accueillants et charmants avec nous. »

Pour lui, la réponse aux commentaires haineux et violents ne peut pas reposer uniquement sur Val-David. « J’espère maintenant que cette solidarité sera exprimée largement par les municipalités avoisinantes et les élus de la région », affirme-t-il.

Ainsi, les commentaires observés ne peuvent pas résumer toute une région. Ils restent néanmoins lourds pour les personnes directement visées.

Des chiffres à lire avec soin

Les données policières indiquent tout de même une progression nationale. Selon Statistique Canada, les crimes haineux liés à l’orientation sexuelle sont passés de 186 en 2018 à 860 en 2023.

Kévin Lavoie, professeur à l’École de travail social et de criminologie de l’Université Laval, estime que les gestes et les discours doivent être analysés ensemble. « On ne peut pas prendre séparément le vandalisme et les propos en ligne. Tout ça participe au même climat », explique-t-il.

Après 20 ans dans le domaine, il constate un changement préoccupant. « C’est la première fois que je réalise qu’il y a des reculs en termes de fragilisation du vivre-ensemble et de droits remis en question. »

Un rapport du GRIS (Groupe de Recherche et d’Intervention Sociale), reposant sur 35 705 questionnaires remplis par des élèves du secondaire, prouve ce changement. En 2021-2022, 25,1 % se disaient mal à l’aise de voir deux hommes se témoigner de l’affection. En 2023-2024, cette proportion atteignait 42,4 %.

Cependant, le GRIS précise que son outil mesure un degré d’aisance déclaré, et non directement l’homophobie ou la transphobie. Le rapport relève aussi des commentaires libres plus négatifs, parfois violents.

Le poids de l’appartenance

Pour les jeunes en questionnement, un symbole public peut peser lourd. Alain Dorval le résume simplement : « Il y a une place pour moi ici. »

Nico Courcy, du Dispensaire de Saint-Jérôme, insiste sur les conséquences possibles de ce climat. « Ça peut amener de la peur, un retour dans le placard, ainsi qu’une augmentation des sentiments dépressifs et anxieux. »

En région, l’accès à l’aide comporte aussi des obstacles. « Tout le monde connaît tout le monde », souligne-t-il. Selon lui, le manque d’anonymat et de confidentialité peut freiner les demandes d’aide.

De plus, les activités de Queers des Laurentides révèlent un besoin concret. Des personnes y racontent leur isolement et remercient l’organisation d’offrir des lieux accueillants.

Ainsi, l’inclusion ne se limite pas à une semaine thématique. Elle se construit dans les commerces, les écoles, les loisirs et les décisions municipales.

Des personnes de la communauté LGBTQ+ et des allié.es se sont réunies à côté de la petite gare de Val-David dimanche dernier.

Danser malgré tout

Dimanche, la Sûreté du Québec était présente à un rassemblement de Val-David. Aucun incident n’a troublé l’événement. Des personnes de tous âges, dont des enfants, ont dansé et profité des activités.

Enfin, cette foule paisible a offert une autre image de la région. Le vandalisme avait attiré l’attention. La communauté, elle, a choisi la musique, les rencontres et la continuité.

Besoin de soutien?

Si les événements récents vous bouleversent ou vous font sentir isolé·e, vous n’avez pas à traverser cela seul·e. Interligne offre une écoute gratuite et confidentielle, 24 heures sur 24, au 1 888 505-1010, par téléphone ou texto, ainsi que par clavardage à interligne.co. Vous pouvez également joindre Info-Social au 811, option 2, ou Tel-jeunes au 1 800 263-2266. En cas de crise suicidaire, composez le 1 866 APPELLE (1 866 277-3553) ou textez au 535353. En cas de danger immédiat, appelez le 911.

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